L'art, créateur de pensée
« Art-et-philo » a pour ambition d’éclairer des œuvres d’art en faisant appel, autant que faire se peut, à des développements philosophiques mais sans prétendre faire coïncider la pensée sensible propre à chaque œuvre avec un corpus philosophique préétabli. Il s’agit au contraire de montrer que cette pensée sensible, le plus souvent, nous échappe, obligeant la philosophie à se questionner, à remettre en cause sa tendance à une systématicité fermée, à faire place aux paradoxes et aux contradictions, et ainsi, à s’étonner… sans cesser de s’émerveiller.
Le site s’adresse à toutes celles et tous ceux qui considèrent qu’un propos sur l’art ne doit pas rester prisonnier des frontières qui se dressent entre les différentes disciplines qui ont pour objet les œuvres d’art. Cette ambition n’est pas sans risque, le risque de paraître outrepasser les limites de ce qui peut légitimement être dit sur telle ou telle œuvre. C’est le prix à payer pour libérer les œuvres d’art du carcan théorique qu’on leur impose bien souvent et pour mettre au jour des aspects ignorés – et pourtant essentiels – de leur présence tout à la fois sensible et spirituelle.
Parmi les artistes dont les noms constituent les différentes entrées du site, Vermeer occupe une place de choix. Il s’agit de l’« autre Vermeer », le Vermeer intime, pour ne pas dire secret, dont les tableaux masquent et subliment tout à la fois une part obscure qui devient obsédante lorsqu’on la découvre et avec laquelle la part lumineuse – et bien connue – de ses œuvres finit pourtant par se réconcilier.
Les textes présentés ici reposent d’ailleurs sur ce principe simple de réconciliation (dont les éléments constitutifs peuvent toutefois produire, dans leurs relations, une certaine complexité) : une œuvre d’art met en forme les forces irréconciliées qui sont en nous et, peut-être, hors de nous, offrant au spectateur la possibilité d’une réconciliation, ce qu’on appelle la beauté. Mais parfois, l’irréconcilié résiste ou fait retour au sein même de la beauté. Il faut savoir lui faire place, ce que les artistes font à des degrés divers selon les époques, les régions du monde et leur propre sensibilité. Et il faut surtout savoir reconnaître, en spectateur, ce jeu sans fin du réconcilié et de l’irréconcilié.
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